RÉPONSE À VOS QUESTIONS
Retour à l’émerveillement
RSJ 1022
De nombreux abonnés, dans le courrier des lecteurs, s’émerveillent pour les grâces reçues par saint Joseph et ils font célébrer des messes en remerciement. D’autres expriment leur merci en prenant conscience de son accompagnement pendant toute une vie. C’est cet émerveillement que nous pouvons partager..
À une époque où les indignés sont dans les rues – et pour cela ils ont sans doute de bonnes raisons –, il est bon de nous dire, surtout en ce début d’année, que l’émerveillement est aussi essentiel pour notre vie. « Il est beau de dire merci, cela permet de clore quelque chose et d’ouvrir autre chose […] dans un monde de violence, où l’on ne se fait grâce de rien, où l’on est sans merci » (Vergely, Retour à l’émerveillement, p. 219). « S’émerveiller, dit encore cet auteur (p. 10), c’est être là, comme au premier jour, comme au premier instant, pur, neuf, nu et regarder jusqu’au moment où les apparences basculent. […] Alors on est foudroyé par ce simple fait : j’existe, je suis. »
Nous venons de fêter Noël, d’admirer de belles crèches ? Il y a, dans les crèches de Provence, un personnage qu’on appelle « le ravi ». Il regarde Jésus d’une bonne figure épanouie. Il n’a rien à offrir. Il ne dit rien. Il est là, il mange le Sauveur des yeux, va à Marie, à Joseph, revient encore à Jésus et s’y fixe. Il est dans « le ravissement ».
Quels sont ceux qui viennent le plus admirer les crèches dans nos églises sinon les enfants ? Déjà un bébé de quelques mois est souvent dans l’émerveillement. Tout le fascine, tout le captive, tout l’enthousiasme. Son corps entier le dit, s’agite. Il crie de joie ou de surprise à chaque découverte. Il veut toucher, sentir, saisir l’insecte et la fleur, le jouet ou le tissu du vêtement. « Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux », dit Jésus (Mc, 10, 16).
Mais l’émerveillement de l’adulte ne doit pas rester dans la naïveté de l’enfance. « S’émerveiller, pour l’adulte, c’est ne pas être blasé, hautain, méprisant, devant les drames de l’existence. Il ne se referme pas sur lui-même, il ne s’aigrit pas, il ne se durcit pas, il ne se révolte pas, il laisse sa chance à la vie, au lieu de se mettre en état de désenchantement. Il se met “en merveille” » (Vergely, p. 17).
Alors, pourquoi ne pas revenir à la contemplation de l’œuvre de Dieu et, devant le Fils qui est venu partager notre vie pour que nous soyons ses frères et devenions avec lui fils et filles du Père, nous pouvons chanter comme dans le cantique : « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? » Le psalmiste s’émerveillait aussi : Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes ! « Mon Dieu, tu me scrutes et tu me connais, tu as mis sur moi ta main » (Ps 138).
Terminons avec cette parole de Christian Bobin : « La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin au réveil. » Puissions-nous chaque matin de cette année 2012 découvrir le cadeau que Dieu nous fait pour nous émerveiller encore et encore, et trouver toujours dans la grisaille de l’existence un chemin de vie.
Le P. Levavasseur,
apôtre de la Réunion
(RSJ 1021)
La grâce d’une première communion
On décrit le jeune Frédéric Levavasseur, né le 25 février 1811, dans une famille de riches créoles vivant de la culture de la canne à sucre avec l’aide d’esclaves noirs, comme un enfant paresseux et rebelle. Vers l’âge de 13 ans, touché par la grâce de sa 1re communion, le jeune adolescent devient ardent pour les choses de Dieu, allant visiter les esclaves malades et les préparant au baptême. À 18 ans, il part en France. Entré à l’École polytechnique, il veut d’abord se donner à la science. Mais une voix intérieure et divers conseils le conduisent au séminaire sulpicien d’Issy-les-Moulineaux, près de Paris.
L’Œuvre des Noirs
En contact avec un autre séminariste, juif converti, François Libermann, il devient son secrétaire dans « les bandes de piété ». Avec Eugène Tisserand, autre séminariste originaire d’Haïti, ils évoquent le sort des esclaves noirs aux Antilles. Ils fondent tous trois, à Notre-Dame-des-Victoires à Paris, l’Œuvre des Noirs, afin que les esclaves qui vont être affranchis retrouvent leur dignité par l’Évangile.
La fondation des Filles de Marie
En 1841, l’Œuvre des Noirs devient la société du Saint-Cœur de Marie. Devenu prêtre, le P. Levavasseur est envoyé à l’île de la Réunion en 1842. Il rencontre là 3 jeunes filles créoles qui désirent se donner à Dieu. Il fonde par elles les Filles de Marie, en pensant à toutes les filles venues de l’esclavage qui désirent être religieuses, que les congrégations n’acceptaient pas. Le P. Levavasseur ouvre la nouvelle congrégation à toutes les filles pauvres, même celles d’origine africaine, ce qui est révolutionnaire pour l’époque. Les Filles de Marie, ce sera la grande œuvre du P. Levavasseur, elles iront servir à Bagamoyo (Tanzanie), à Madagascar, à la Réunion et en France pour aider les spiritains.
Assistant et supérieur général
À la mort du P. Libermann en 1852, le P. Levavasseur est appelé à Paris pour assister le P. Schwindenhamer, supérieur général. Devenu lui-même supérieur général en 1881, alors qu’il était déjà très malade, il meurt en janvier 1882, quelques mois après sa nomination. Pour son éloge funèbre, Mgr Fava, évêque de Grenoble et ancien missionnaire à la Réunion, donnera ce témoignage : « Qui a connu le cœur créole et la puissance d’aimer que le Créateur lui a départie, peut seul comprendre ce qui se passa dans l’âme de ce prêtre aussi doué de la grâce que de la nature. » Cœur ardent, ayant eu à souffrir pour sa franchise mais d’une grande humilité, ce serviteur de Dieu mériterait que l’on introduise la cause de sa béatification.
P. Bernard Boulanger
Un abonné, Alexandre, nous écrit : «?Je suis bien heureux d’appartenir à la religion chrétienne, il y a plus de tolérance que dans l’islam… Heureusement, la France est un pays libre, il y a la liberté de conscience, toutes les religions sont reconnues.?»
Alexandre, je comprends votre joie, je la partage aussi, mais je voudrais apporter quelques précisions historiques et religieuses. Oui, l’actualité nous montre que la liberté religieuse n’est pas une évidence dans tous les pays. Ainsi au Pakistan, on apprend qu’une jeune femme de 37 ans, catholique, a été condamnée à mort par la loi islamiste sur le blasphème, parce qu’elle a bu de l’eau d’un puits sacré chez les musulmans. Asa Bibi attend la révision de son procès depuis 2 ans et rien ne laisse préjuger du résultat. En Irak sévit une persécution contre les chrétiens qui représentent l’une des plus anciennes communautés humaines de ce pays et qui continuent à prier dans la même langue que Jésus (l’araméen). Après des assassinats et des enlèvements, la ville de Mossoul a perdu les deux tiers de sa population chrétienne, poussés à l’exode pour pouvoir vivre.
Mais en France, il ne faut pas oublier notre histoire. Au Moyen Âge, à l’occasion des départs en croisade, il y a eu les «?pogroms?», où l’on massacrait les juifs, hommes, femmes et enfants. Plus tard, ce furent les guerres de Religion entre catholiques et protestants. Au XVIIe?siècle, le roi, pour défendre la foi catholique, a organisé «?les dragonnades?» contre les huguenots ; de nombreux protestants durent alors s’exiler… En plein siècle des Lumières, on connaît “l’affaire Calas”. Il faut attendre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en 1789, pour que soit proclamée la liberté religieuse : «?Nul ne doit être inquiété pour son opinion, même religieuse […]?».
Le concile Vatican II a rédigé un document très important sur la liberté religieuse : «?Le concile du Vatican déclare que la personne a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part, tant des individus que des groupes sociaux, et quelques pouvoirs que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse, nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir. […] Ce droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine.?» On notera que ce droit à la liberté religieuse n’est pas d’abord un droit qui appartiendrait aux Églises, mais il est fondé sur les droits de l’homme, quelle que soit sa croyance.
Il y a des motifs d’espérance. En Égypte, les coptes sont discriminés et ne peuvent pas construire ou réparer une église. Pendant les événements du printemps arabe, ils ont fait une chaîne humaine pour protéger les musulmans en prière. Citons aussi le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui : «?Il faut dire sans ambiguïté que la liberté religieuse est un droit pour tous, y compris la liberté de changer de religion.?»
Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, écrit ceci : «?Il faut se garder bien sûr du “relativisme” : c’est la paresse de celui qui, sans avoir cherché le moins du monde, se dispense de le faire en arguant que tout se vaut. Mais il faut aussi affirmer que nul n’est propriétaire de la vérité. Tous, nous sommes éclairés par l’Esprit pour nous approcher peu à peu de la vérité qu’est Jésus. L’Esprit rend humble et aimant. Prions-le pour savoir porter témoignage du Christ auprès de ceux dont la liberté nous inspire le plus grand respect.?»
La liberté religieuse débouche sur le dialogue interreligieux qui a commencé avec la rencontre d’Assise entre le pape Jean-Paul II et les grandes religions du monde. Nous en célébrerons le 25e anniversaire en octobre.
Bernard Boulanger
Suite à un précédent article "Est-ce qu'une personne peut jeter un sort ?" (sept-oct 2010), plusieurs abonnés sont revenus sur la question, dont Jeanne, qui écrit: "Sachez que le Seigneur m'a libérée d'un mal de dos sournois qui était l'origine d'une malveillance humaine." Mais si les esprits malveillants existent, il ne faut pas oublier les esprits bienveillants que Dieu a voulu à notre service...
Lundi 28 septembre 2008, en la fête des Saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël, le pape Benoit XVI a encouragé les fidèles à les invoquer avec confiance, rappelant qu'ils ont reçu une "mission particulière" dans le plan du salut de Dieu. "Chers frères et sœurs, ajoutait le pape, invoquons leur aide avec confiance, ainsi que la protection des anges gardiens, dont nous célébrons la fête le 2 octobre." Benoit XVI a rappelé que "la présence invisible de ces esprits bienheureux nous est une grande aide et d'un grand réconfort: ils marchent à côté de nous, ils nous protègent en toute circonstance, ils nous défendent dans les dangers, et nous pouvons avoir recours à eux à tout moment. Beaucoup de saints ont entretenu avec les anges un rapport de véritable amitié, et nombreux sont les épisodes qui témoignent de leur assistance dans des occasions particulières."
Il se trouve qu'un grand spirituel, le père Anselme Grün vient de faire paraitre "le petit livre des anges" (éditions Salvator). En voici quelques extraits : (p.14) "Les êtres humains ont tous un ange. Même si parfois nous nous sentons seuls, comme abandonnés, totalement livrés à nous-mêmes... Le tout est d'avoir confiance: nous ne sommes pas seuls. Et à partir de cette expérience, nous pouvons aussi devenir un ange pour d'autres hommes."
(p.22) "Le mot "Ange" vient du grec 'angelos', le messager. Augustin nous recommande de nous attacher moins à l'identité précise des anges qu'à leur tâche qui est de nous protéger, nous aider dans des situations déterminées, ou bien encore pour nous inciter à adopter les comportements dont nous avons besoin pour réussir notre vie."
Sur l'ange gardien (p.28) " Ce n'est pas seulement une dévotion enfantine. Croire à l'ange gardien nous permet également de découvrir les énergies bienfaisantes qui sont en nous...."
Pour transformer la souffrance (p.67) "Lorsque nous sommes tentés de refouler la souffrance des autres, l'ange de la compassion nous est nécessaire. Je souhaite qu'il donne des ailes à ton âme, qu'il t'entraine à vibrer au diapason de ceux qui souffrent autour de toi, afin que tu puisses partager leur peine et trouver une issue pour les sortir de la détresse, et que, au milieu de leurs difficultés, ils puissent emprunter le chemin d'une vie nouvelle.."
Prière aux anges gardiens (p.38) "Restez, vous les anges, restez auprès de moi ! Soyez à mes côtés pour guider mes pas... Apprenez-moi à rendre grâce au Très-Haut. Restez, vous les anges, auprès de moi !" Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur !
En conclusion, citons cet auteur anonyme: "Le bons amis sont comme les étoiles, vous ne les voyez pas toujours, mais vous savez qu'ils sont toujours là! " Bernard Boulanger
Pourquoi des pèlerins
vont-ils à Compostelle ? RSJ 1018
Suzanne nous demande : "Qu'est-ce qui attire tous ces pèlerins à Compostelle ? Comment saint Jacques, mort à Jérusalem, peut-il avoir son tombeau en Espagne ?"
Au IXème siècle, un vieil ermite de Galice en Espagne, appelé Pélage, est soudain distrait de sa contemplation nocturne par de bizarres lueurs dont s'éclaire tout un pan du ciel...En même temps, il voit apparaitre au firmament une étoile nouvelle, et, comme les mages de la nativité, il se demande si elle n'annonçait pas de grands événements. Au dessous d'elle, il y a un champ que les troupeaux refusaient de brouter. On gratte le sol à cet endroit et l'on découvre un tombeau de marbre dans lequel gisait un squelette. Alerté, l'évêque du lieu, Théodomir, vint inspecter ces restes qu'il authentifia aussitôt comme le corps de St Jacques le majeur en son entier.
Et voici ce que dit la tradition:
Après son martyre à Jérusalem, le corps de saint Jacques aurait été déposé dans une barque par ses disciples. Celle-ci, mystérieusement, (conduite par des anges ?) serait arrivée jusqu'à l'embouchure du fleuve Ulla en Espagne, afin que mort, le saint continuât de veiller pour les siècles sur ceux qu'il avait évangélisés après la pentecôte. Le lieu où l'on découvrit le tombeau prit alors le nom de "Compostelle" (champ de l'étoile).
Ce n'est qu'au XIIème siècle que l'on construisit un sanctuaire et le pèlerinage commença à prendre de l'ampleur en même temps que se développaient les pèlerinages en Terre Sainte.
Il faudra attendre 1884 pour que le pape Léon XIII confirme de son autorité la reconnaissance des reliques de St Jacques. Mais le renouveau du pèlerinage en France et dans toute l'Europe sera suscité par la publication du "guide du pèlerin", par Jeanne Vieillard en 1938, qui donnait des explications sur les quatre « voies » ou trajets aux étapes bien repérées : à partir d'Orléans, de Vézelay, du Puy et de Saint-Gilles.
Pourquoi un pèlerinage ?
Dans la tradition judéo-chrétienne, il y a eu de tout temps des pèlerinages. Jésus lui-même faisait chaque année le pèlerinage de Jérusalem avec ses parents. Cette démarche est une forme de prière, un temps consacré à Dieu. Le pèlerin se met à l'écart pour y refaire son âme et son corps, et il se rappelle que le pèlerinage est la condition même de l'homme en route vers le Royaume. L'épitre aux hébreux annonce aux croyants "qu'ils sont des étrangers et des voyageurs sur la terre" (11, 13).
Les condition peu banales de la venue du corps de St Jacques à Compostelle doivent-t-elles nous amener à considérer ce pèlerinage comme une démarche superstitieuse ? "On juge l'arbre d'après ses fruits", nous dit Jésus. Les 200.000 pèlerins venus de toute l'Europe en 2004 témoignent que quelque chose se passe en cours de route, avec les échanges entre pèlerins, et à l'arrivée, qu'il y a eu une purification de leur foi. Il y a aussi beaucoup d'incroyants qui sont dans une recherche de la vérité. Même s'ils ne trouvent pas tous la foi, ils découvrent une lumière dans leur vie. Alors, pourquoi ne serions-nous pas aussi des pèlerins : de Compostelle… de Lourdes... de Jérusalem... ou d’Allex ?
Bernard Boulanger
"Que penser de l'euthanasie lorsqu'il y a de trop grandes souffrances ?" telle est la question d'Alfred confronté au décès de l'un de ses proches qui a eu beaucoup à souffrir dans sa dernière maladie.
Nous savons que l'euthanasie, qui consiste à donner la mort à certains grands malades incurables, est une solution qui a été adoptée dans certains pays (La Suisse, les Pays Bas...). La souffrance pose un grave problème. Beaucoup disent: "Je n'ai pas peur de mourir, mais j'ai peur de souffrir." Une association s'est créée à Paris en 1980 : 'Association pour le droit de mourir dans la dignité'. Elle est assez puissante pour relancer le débat et réussir que le Sénat examine en janvier 2011 le projet de loi sur la légalisation de l'euthanasie.
Il y a effectivement des souffrances inhumaines qui n'ont plus rien à voir avec le salut. On connait le mot de Mgr Veuillot, Archevêque de Paris, décédé en 1964 d'un cancer. Peu de temps avant sa mort, il avait demandé que ses prêtres ne prêchent plus sur la souffrance, car disait-il, "ils ne savent pas ce que c'est". Il faut le dire malgré certains discours pieux, ce n'est pas la souffrance qui sauve, c’est l'amour. Bien sûr, on peut offrir sa souffrance, comme beaucoup de saints l'ont fait, mais il y a un seuil de souffrance qui enlève au malade toute possibilité de prier.
L'Eglise a précisé sa pensée : elle n'est pas favorable à "l'acharnement thérapeutique", elle permet les médicaments contre la douleur, même s'ils doivent avancer la fin de la vie, car ce qui est retenu dans la prescription, c'est l'intention de soulager le malade et non de le faire mourir. Après discernement des divers éléments en cause, on peut choisir, avec d’autres, de soulager le malade même avec le risque d’avancer la mort.
Rappelons ici la loi Léonetti (2005), qui semble assez peu connue des français. Elle permet d'arrêter certains traitements qui deviennent inutiles, si le malade le demande, avec le risque de hâter la fin de vie, mais en accompagnant le malade de traitements contre la douleur. Il ne s'agit pas ici d'euthanasie déguisée.
L'euthanasie qui consiste à donner directement la mort a été condamnée par la Congrégation pour la doctrine de la foi (5-5-1980): "Rien ni personne ne peut autoriser que l'on donne la mort à un être humain innocent, même un malade incurable ou agonisant, car il y a là une violation d'une loi divine, offense à la dignité de la personne, crime contre la vie, attentat contre l'humanité".
C'est ici qu'il faut parler des soins palliatifs qui, en plus du traitement contre la douleur, consistent à accompagner le malade par des personnes compétentes et formées pour ce service. Il y a actuellement 105 unités de soins palliatifs en France dans 105 hôpitaux. Espérons que ces unités vont augmenter, car là où le malade est suivi et accompagné, il ne demande plus à mourir. Comme le journal La Croix du 17-1-2011 l'écrit : 60% des français interrogés préfèrent des soins palliatifs à l'euthanasie.
Il restera toujours que la valeur morale d’un acte ne dépend pas de la seule législation qui est faite pour tous, ni de la popularité médiatique mais bien de la conscience éclairée de la personne libre. Ce qui est légal, ou majoritaire, n’est pas, pour autant, moral.
Bernard Boulanger
Il y a deux attitudes extrêmes face à la sorcellerie ou la magie (noire ou blanche) dont il faut se garder et une troisième à cultiver.
1. Dire que tout cela n’a aucun fondement et relève seulement de l’obscurantisme des siècles passés ou de certains pays arriérés. C’est ainsi qu’au XVIII?e siècle, Voltaire se moqua dans son Dictionnaire philosophique des croyances et autres esprits pernicieux.
Benoît XVI, dans une homélie du 23 mars 2009, répond que le Christ a lutté contre les puissances de la mort et les pouvoirs occultes et en a triomphé : « Toute l’Église, à ses débuts, croyait que le pouvoir que les apôtres et les premiers chrétiens avaient sur le mal et les esprits mauvais était considéré, avec les prophéties et les miracles, comme une preuve du salut. Est-ce que l’Église aujourd’hui ne croirait plus aux démons ? L’existence d’exorcistes officiels dément cette hypothèse. »
2. L’attitude opposée serait d’accorder une telle crédulité aux manifestations des démons que l’on finirait
par vivre dans la peur et l’angoisse perpétuelles… En Afrique, où j’ai passé quelques années, les missionnaires ont été les témoins de croyances aux esprits (dans le cadre de l’animisme). On trouvait souvent aux maladies des causes qui n’étaient pas naturelles, venant de jeteurs de sorts ou de sorciers liés au diable. Alors la guérison n’était pas cherchée d’abord au dispensaire ou à l’hôpital, mais chez un autre sorcier.
Même en France, la sorcellerie peut tirer son efficacité de la fascination irrationnelle qu’elle inspire. Il faut savoir que, dans notre pays, 50 000 personnes consultent les voyants chaque année et que le marché s’élève à € 3,20 milliards ! L’abbé Jean Vernette écrit : « En ce temps de crise et de panique, on se tourne vers le mage, le devin ou vers le gourou. »
Dans certains cas, on peut penser que la sorcellerie marche seulement si la victime adhère à de telles croyances. Alors, cette « victime » ne serait-elle pas victime d’elle-même, victime de ses croyances au magique ?
3. Oui, il y a dans le monde une puissance du mal. Nier l’existence du démon, c’est faire aussi son jeu, car il aime travailler dans l’ombre. Mais voir le démon partout, craindre ses interventions dans tous les événements de notre vie, c’est subir sa loi car la peur est la matière première avec laquelle il agit. Saint Paul écrit à ses chrétiens : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : “Abba, Père”» (Rom 8, 15).
Jésus a vaincu Satan. À sa suite, nous pouvons aussi le vaincre (en particulier par le jeûne et la prière). Le Curé d’Ars comparait le diable à un chien enragé mais attaché. Il n’est dangereux que si l’on s’approche de lui et si on se laisse séduire.
L’Église prend au sérieux les manifestations présumées du démon, mais elle contrôle avec attention leur authenticité. Un exorciste est nommé par l’évêque dans chaque diocèse. Il travaille souvent de concert avec des psychiatres car, pour le plus grand nombre de cas qui leur sont présentés, il y a une pathologie du sujet qui relève de la psychiatrie.
Je conclus en reprenant votre question : « Est-ce qu’une personne peut jeter un sort ? » On voit mal comment Dieu pourrait permettre au démon, ou à quelqu’un lié au démon, de nous faire du mal à notre insu, sans notre complicité ou notre consentement… Alors, Thérèse, selon le conseil donné dans la Revue de juillet, priez pour la tante de votre mari qui doit avoir aussi ses problèmes, et l’Esprit Saint apaisera votre cœur.
P. Bernard Boulanger

Bernard Boulanger