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JUSTICE ET PAIX

 Témoignage de Papouasie Nouvelle-Guinée

 “J'étais en prison et vous m'avez visité.”

Notre confère nigérian, Dons Onyeke (donyeke@dwu.ac.pg), est le responsable du groupe spiritain de Papouasie Nouvelle-Guinée. Le dimanche, il visite la prison locale. C'est toujours pour lui un moment particulier.   

Je célèbre deux messes chaque dimanche dans la prison de Beon, à Madang, en Papousie Nouvelle-Guinée. La première, dans une chapelle délabrée de la prison, est pour les prisonniers communs, pour le personnel et leurs familles, ainsi que pour les gens des environs. Puis je passe dans la partie sous haute surveillance, où se trouvent les criminels à haut risque et les prévenus. Pour moi, la messe du dimanche est chaque fois mon Vendredi saint.

Quand j'arrive là,  j'entends des "Moning Pater !" (bonjour, mon Père) venant des hôtes semi-nus qui s'y trouvent. Mon ministère commence là. Il y en a toujours qui profitent de ces courts instants pour demander une aide, ou pour glisser une lettre dans ma main ou dans ma poche. Je n'en connaîtrai le contenu qu'une fois arrivé à la maison. Tout en serrant le plus de mains possibles, je me trace un chemin jusqu'à l'endroit où nous allons célébrer la messe.  

Après la messe vient le temps des demandes (asking-time). Je suis assailli par 30 ou 40 prisonniers en même temps, chacun demandant une chose ou une autre.  La plupart demandent un médicament pour soigner les escarres, puis pour les brûlures, les hématomes et le palu. D'autres veulent du savon, des lunettes, des livres et des stylos, des vêtements, des Bibles et des chapelets. D'autres encore veulent confier une lettre à poster ou à remettre au destinataire, un numéro de téléphone à appeler; des messages adressés à la Cour suprême ou à la famille, des adresses de gens à aller voir ; d'autres demandent des lettres de recommandation pour être libérés sous condition ; d'autres attendent de la nourriture (ceux qui ne reçoivent pas de visites), ou me chargent de régler des paiements à la Justice, de payer des cautions (un homme pour qui nous avons récemment payé une caution avait été retenu pendant quatre mois dans la section de haute sécurité parce qu'il n'avait pas pu payer 15 € de frais de Cour). C'est une liste sans fin.  

Tout en attendant encore le jeune homme qui a cinq pains et deux poissons (Jn 6,9), j'ai choisi une méthode bien simple. Le samedi parfois, avec l'aide d'un bon ami, qui donne aussi un coup de main pour les médicaments, nous préparons un gâteau, que j'emporte  pour les trente ou quarante gars qui viennent à la messe. Je le remets à l'un d'eux, pour qu'il le partage. Chacun en reçoit une petite tranche, pas plus large qu'un doigt.   

Malgré l'absolu non-sens, le désordre, et toutes les inepties auxquelles je suis confronté, je me suis surpris à être tombé amoureux de ces gars. Nous cherchons tous à nous revoir et je dois avouer que pour le moment je ne désire rien d'autre.

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