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Le principe chrétien de l’amour universel est bien reconnu, et pas seulement par les chrétiens. C’est l’application concrète qui varie beaucoup selon les temps et les personnes. Dans l’Évangile, Jésus entre dans les détails d’application, par exemple dans la parabole du Samaritain ou dans les conseils de bienséance : notons le repas chez un chef des pharisiens : « Quand tu donnes un repas, n’invite pas tes amis, tes parents, sinon ils t’inviteront à leur tour et la politesse te serait rendue. Au contraire quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles et tu seras heureux parce qu’ils n’ont rien à te rendre ; cela te sera rendu à la résurrection des justes » (Lc 14, 12). L’amour universel est bien au cœur du message chrétien Tous les êtres et tous les hommes sont créés comme une participation à l’existence de Dieu Dieu nous a tous aimés le premier. En nous faisant tous à son image, il a fait de nous des êtres de relation affective et affectueuse. « L’amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière… C’est une force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue. Chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que Dieu a sur lui : en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c’est en adhérant à cette vérité qu’il devient libre » (C. V., n° 1).
Cela fait à la fois notre dignité de sauvés par le Christ lui-même et notre humilité de pardonnés. C’est la base incontournable de notre condition chrétienne.
Cet amour a une dimension affective Ne nous laissons pas tromper par le vieillissement des mots. La charité a pu prendre le sens de faire quelque chose pour les pauvres ou les miséreux. La charité c’est la force de l’amour qui vient de Dieu et qui englobe tous les vivants, en nous comme en Dieu. Exprimons cela en détaillant un peu la charité affective et la charité effective.
Il y a toujours eu des gens qui ont déclaré leur amour envers Dieu et envers les autres. Les psaumes sont pleins de ces louanges à Dieu créateur, à Dieu Père, à Dieu providence, à Dieu pasteur de son peuple. Les mystiques, chrétiens ou non chrétiens, ont su écrire de si belles prières arrivées jusqu’à nous. Mais peut-être nous faut-il reconnaître que notre temps exprime avec plus de force que jamais cette reconnaissance amoureuse de Dieu sur tous les continents. Le temps des mystiques n’est pas mort.Cet amour a une dimension effective Pour que l’amour universel soit vrai il doit s’exprimer effectivement dans la vie concrète. Et c’est là où nous devons ajouter à l’aide mutuelle immédiate généralement pratiquée une action réfléchie et coordonnée pour que tous les hommes puissent vivre plus humainement toutes les dimensions de leur vie. Les autorités de l’Église, surtout depuis le concile Vatican II et la Constitution de « L’Église dans le monde », ont beaucoup développé les analyses, les déclarations et les actions, pour un développement intégral, pour des actions solidaires, par une doctrine sociale toujours plus actualisée, comme le fait encore l’encyclique La Charité dans la vérité, de Benoît XVI. Ce qu’ajoute cette si importante encyclique, c’est que l’amour, pour être vrai, ne peut s’organiser sans Dieu. L’aide aux autres ne peut être charité que si elle permet le développement humain de tous. Les relations commerciales ne peuvent s’organiser sans les relations humaines qu’elles entraînent. Celui qui aime c’est celui qui agit pour le bien des autres Dans les relations interpersonnelles, il est bien connu que celui qui aime n’est pas celui qui parle le plus avec émotion, c’est celui qui agit pour faire du bien aux autres, qui fait passer les autres avant lui-même. Pour cela, la charité effective doit être constructive et inventive. Dans les relations collectives, celui qui aime est celui qui, après avoir analysé le fonctionnement social, sait s’engager pour arriver à faire mieux vivre les autres en créant les conditions de justice et de solidarité. « Le chrétien désire ardemment que toute la famille humaine puisse appeler Dieu “Notre Père !” Avec le Fils unique, puissent tous les hommes apprendre à prier le Père et à Lui demander, avec les mots que Jésus lui-même nous a enseignés, de savoir Le sanctifier en vivant selon Sa volonté, et ensuite d’avoir le pain quotidien nécessaire, d’être compréhensifs et généreux à l’égard de leurs débiteurs, de ne pas être mis à l’épreuve à l’excès et d’être délivrés du mal ! » (Cf. Mt 6, 9-13) (C. V., conclusion). La charité chrétienne aboutit à une doctrine et pratique sociale novatrices « L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. Pour l’Église, instruite par l’Évangile, l’amour est tout parce que tout provient de l’amour de Dieu, par lui tout prend forme et tout tend vers lui » (C. V., 2). P. Jean Savoie |
Jean-Paul a eu comme la révélation – par l’intermédiaire d’un ami décédé – qu’il serait le pape qui introduirait l’Église dans le IIIe millénaire. Il a porté cette espérance, préparant les synodes continentaux et ses grands textes dans cette orientation, sous le thème d’une nouvelle Évangélisation à entreprendre. Il a été rescapé de l’attentat en 1981 comme un signe de la volonté de Dieu de réaliser sa survie pour l’an 2000. En 1989, après la chute du mur de Berlin, dans l’année qui a suivi son encyclique sur la situation sociale où il stigmatisait l’absurdité des deux blocs Est et Ouest, il a dit que les représentants des religions à Assise n’avaient pas prié en vain pour la paix.
Faisons seulement deux références à son enseignement pontifical : après le grand Jubilé de l’an 2000, au 6 janvier 2001, il publie l’instruction pastorale, À l’aube du IIIemillénaire, où il dit tout le bien qu’il a reçu des ces foules qui sont venues à Rome en l’an 2000, mais surtout il ouvre l’avenir sous la double consigne de « regarder le visage du Christ » et de « repartir du Christ ». Cette consigne tout à fait spirituelle est, pour lui, la source de toute l’action pastorale à venir : « L’Église ne sera pas sauvée par une organisation, mais par une personne, le Christ. »
Parmi les actions de l’Esprit en nous, il est une de quotidienne et profonde : c’est de nous apprendre à prier « comme il faut », dit
saint Paul. L’Esprit intériorise la façon dont Jésus a appris à prier à ses Apôtres. Sr Lydie Rivière, Xavière, nous montre comment.
Le jour de la Pentecôte, la
communauté primitive des
disciples de Jésus, Église en
miniature, reçoit l’Esprit de Dieu,
comme il l’avait promis avant de
mourir. L’humanité nouvelle va être
littéralement prise en main par l’Esprit
de Jésus.
Concrètement, c’est l’inscription sur
des coeurs de chair de ce qui avaitété gravé sur des tablettes de pierre
et l’inauguration de l’alliance nouvelle
annoncée par le Seigneur à Jérémie
(Jr 31, 31-34). Selon l’évangéliste Jean, cet Esprit, ce « Paraclet »
comme il l’appelle, agit en avocat, en
défenseur dans le coeur des disciples.
L’Esprit continue
l’enseignement de Jésus
Il est l’Esprit de vérité qui habite en
nous, qui enseigne tout, qui nous aide
et réactive notre mémoire concernant
les paroles du Christ (Jn 14, 26). Et
c’est le Père qui l’envoie au nom de
Jésus pour nous aider et ne pas nous
laisser orphelins. Quand les disciples
comparaîtront au Tribunal, l’Esprit
Saint parlera en eux. Qu’ils ne s’inquiètent
donc pas de ce qu’ils doivent
répondre ! (Mc 13, 11). En outre, cet
Esprit de vérité qui reçoit la gloire du
Fils la montrera et nous l’annoncera
parce qu’il reçoit ce qui appartient
au Fils (Jn 16, 14-15). Aussi l’apôtre
Paul peut-il dire que non seulement
l’Église est le corps du Christ et le
réceptacle de l’Esprit mais que chacun
d’entre nous est lui-même le
sanctuaire de l’Esprit Saint : « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit Saint
est en vous » (1 Co 3, 16). Et qui dit
présence de l’Esprit dit également
présence du Père qui l’envoie au nom
de Jésus, le Fils bien-aimé. Cette présence
en nous de la Trinité va avoir
des répercussions sur notre prière.
Ne faisant qu’un avec notre esprit,
l’Esprit de Dieu va nous aider à « prier
comme il faut » (Rm 8, 26). L’apôtre Paul
sous-entend par là que nous prions, ou
que les humains prient, mais mal. En
effet, constate-t-il, nous vivons dans
un monde qui gémit, connaissant les
douleurs d’une femme qui accouche.
Il se trouve au pouvoir de forces négatives
et destructrices qui nous rendent
esclaves. Et dans ce monde, nous gémissons à notre tour. Nous faisons le
mal que nous détestons, et nous n’accomplissons pas le bien auquel nous
aspirons. Nous sommes faibles et nous
attendons avec impatience une situation
meilleure. Qui nous la procurera
sinon le Maître de la vie ?
L’Esprit conduit notre prière
Donc, nous devons le prier. Mais « comme il faut ». Et seul l’Esprit peut
nous y aider, car « l’Esprit intercède
pour nous » (Rm 8, 27).
Paul l’écrit souvent à ses correspondants
: il y a des conditions préalables à la prière. L’Esprit ne peut venir en
nous que si nous lui cédons la place.
Alors nous devenons vraiment enfants
de Dieu : « Tous ceux qu’anime
l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu »
(Rm 8, 14). C’est alors que l’Esprit
peut jouer pleinement sa partition à l’intime de nous-mêmes et que
nous allons prier comme il faut.
Les enfants ne vivent plus sous le
régime de la peur mais de l’amour.
Dès lors, quand nous nous adresseronsà Dieu, nous l’appellerons de
son vrai nom : « Abba », c’est-à-dire
« Père » (Rm 8, 15). Notre prière
sera donc de confiance et « nous
nous présenterons avec assurance vers
le trône de la grâce afin d’obtenir
miséricorde et de trouver grâce pour
une aide qui convient » (He 4, 16).
Ce sera également une prière libre,
car « là où est l’Esprit du Seigneur,
là est la liberté » (2 Co 3, 17). Nous
pourrons alors adorer le Père en esprit
et comme le Fils l’a montré, pour
reprendre les paroles du Christ à la
femme de Samarie (cf. Jn 4, 23-24).
Dans cet échange mystérieux qui se
produit entre le plus intime de nous-mêmes
et la Trinité sainte, quand
nous l’adorons dans la nudité du regard
et le silence de la raison, nous xpérimentons
un peu de ce que l’apôtre
Paul exprime quand il écrit aux chrétiens
de Corinthe : « Le Seigneur, c’est
l’Esprit […] Et nous tous, qui, le visage
découvert, contemplons comme un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant
de gloire en gloire, comme de par le
Seigneur qui est Esprit » (2 Co 3, 18).
Dès lors, qu’allons-nous demander
dans la prière ? Luc nous répond :
« L’Esprit Saint » ; « Si vous qui êtes
mauvais, vous savez donner de bonnes
choses à vos enfants, combien plus le Père
du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux
qui le lui demandent » (Lc 11, 13).

L’Esprit conduit
la prière et la mission
L’Esprit nous rendra semblable au
Fils. Peut-être ensuite nous propulsera-t-il sur les chemins du monde
pour communiquer cette Bonne
Nouvelle de l’amour trinitaire, pour
inventer des procédures de partage,
pour nourrir et guérir les esprits et
les corps, pour libérer nos frères et
soeurs de tout ce qui les empêche de
respirer à pleins poumons, pour faire
de cette planète un monde habitable, équitable et solidaire, afin qu’il devienne
réellement le corps du Christ,
régénéré par le Souffle du Ressuscité.
Être des adorateurs en esprit et en vérité,
c’est goûter les fruits de l’Esprit :
charité, joie, paix, patience, serviabilité,
bonté, confiance dans les autres,
douceur, maîtrise de soi (Ga 5, 22).
Cela n’est jamais acquis une fois pour
toutes, parce que nous sommes vulnérables
et sensibles au goût du pouvoir
et des honneurs, à la séduction, à
la jalousie, à l’activisme et au narcissisme, à la mollesse aussi, à la routine
et à la paresse. Si nous voulons prier
comme il faut, nous avons à lutter
contre ces tendances vivaces en nous
qui ne cesseront qu’à notre mort.
En outre, pour prier « comme il faut »,
nous devons sacrifier certaines choses,
entretenir notre corps, gérer notre
temps et ordonner notre planning
pour laisser le Souffle du Seigneur
nous envahir tout entiers. Comme le
jockey qui veut remporter la course,
nous avons à veiller sur notre poids
(de péché). Paul appelle cette attitude
: « crucifier la chair avec ses passions
et ses convoitises » (Ga 5, 24).
Alors même au milieu de la fournaise, à l’exemple de Sidrac, Misac
et Abdénago, l’Esprit (ce quatrième
personnage qui les accompagne dans
ce lieu de souffrance ?) nous aidera à prier et agir selon le coeur de Dieu
(Dn 3, 25).
Soeur Lydie, Xavière
(Extrait de la Revue Esprit Saint 213)