Historique
Maurice Briault (1874-1953)
L'ouvrage Les Carnets de voyages est une invitation au voyage, un vrai voyage, pas
l'un de ces voyages comme on les conçoit trop souvent de nos jours - se déplacer, le plus rapidement possible, vers un lieu de villégiature ensoleillé, - mais bien un voyage pour le voyage : partir à la rencontre de l'autre, à sa découverte, comme pour découvrir un nouveau monde, et c'est bien de cela dont il s'agit. Ce voyage, nous le faisons durant la première moitié du XXème siècle (1915-1948), en compagnie du Père Maurice Briault, missionnaire spiritain. Au fil de ses séjours en Europe et de ses affectations en Afrique, le Père Briault croque sans relâche ses contemporains en même temps qu'il laisse s'épanouir ses talents de paysagiste. La manière d'ethnologue qu'il s'attache souvent à employer dans ses carnets de croquis et d'aquarelles pour nous décrire les populations rencontrées, suffirait à combler notre curiosité.
Mais au premier coup d'oeil, ce qui frappe l'observateur c'est bien l'art de Briault.
Nous avons à faire ici à un artiste, un grand artiste.
La manière de faire du Père Briault
Il emportait toujours avec lui dans ses déplacements ses carnets dans lesquels il relevait les scènes s'offrant à son regatd aiguisé. Ce qu'il est donné à voir ici dans Les Carnets de voyage ne constitue qu'une toute petite partie de l'oeuvre immense d'aquarelliste du Père Briault. Pour des raisons de place nous n'avons pas intégré de dessins. Le lecteur pourra néanmoins apprécier le coup de crayon de l'artiste dans certaines aquarelles où le travail préparatoire à la mine transparaît. Nous n'avons pas reproduit les indications et commentaires manuscrits qui figurent sur les carnets du Père Briault. Les légendes accompagnant les aquarelles reprennent cependant scrupuleusement les textes de l'artiste qui situe la scène.
Certaines de ces oeuvres, mais c'est assez rares, mélangent habilement la transparence del'aquarelle et l'opacité de la gouache. Par ailleurs le Père Briault a réalisé de très nombreuses compositions à l'huile : nombre d'aquarelles présentées avaient toutefois pour projet, dans l'esprit de leur auteur, la réalisation ultérieure de tableaux plus importants utilisant cette technique.
Le travail de présentation des aquarelles
Documentaliste-archiviste, Bénédicte Penn a consacré, lors de la préparation d'une thèse en 1997, des pages nombreuses et importantes au Père Maurice Briault. Consulter à ce sujet la Revue Saint Joseph d'Allex, n° 932, 933, 934, 935 de l'année 1997. Des extraits de ces pages sont repris maintenant et donnent un bon aperçu.
AFRIQUE

En 1898, le Père Maurice Briault arrive au Gabon. Il y rencontre des ethnies dont il étudie les us et coutumes. C'est ce que l'on se plaît à souligner dans le programme de l'Ecole des Hautes Etudes de Fribourg qu'il fréquenta : Quelques missionnaires ont été de tout temps des naturalistes et des savants. Leurs informations et leurs documents pourraient être précieux et lus abondants que ceux des explorateurs passagers.
L'aquarelle, tecnique de dessin en couleurs, entre le croquis d'étude au crayon et l'esquisse à l'huile, a très souvent servi au travail d'ébauche avant d'acquérir ses lettres de noblesse. Au XIXème siècle, ceux que l'on appelle les peintres voyageurs ont utilisé cette technique pour fixer dans des carnets les paysages ou les personnages qu'ils étaient amenés à rencontrer. C'est dans cette période que se situe le Père Briault. Il prit l'habitude de se promener avec un carnet de croquis à la main. Sa démarche était d'abord de relever dans un dessin rapide mais précis les scènes qui se déroulaient devant lui, ensuite, il notait les couleurs. Cela nous permet de mesurer son talent de graphiste que l'on trouve également dans les lettrines qui ornent abondamment la revue Les Annales Spiritaines dont il fut longtemps le directeur.
Epinglant souvent par la plume ou le pinceauses contemporains, le Père Briault s'est ausi laissé émouvoir et siat nous toucher par la splendeur d'une cascade, les bleux d'un paysage, les couleurs et le mouvement d'une scène de marché.
Les miroitements, les reflets, la douceur et le réconfort d'un point d'eau peuvent s'opposer à l'empreinte rougeâtre de la latérite et à l'effet écrasant de la chaleur laissant des voyageurs fatigués au bord de la route...
EUROPE

Outre sa région natale, la Normandie, le Père Briault a parcouru la Bretagne, le centre et le sud de la France, l'Alsace ainsi que l'Italie, la Suisse, l'Allemagne et la Hollande. Jouissant d'une certaine reconnaissance à la fois dans le monde religieux et colonial ainsi que dans le milieu de l'art officiel de l'époque, le Père Briault n'était pourtant pas yn peintre professionnel. Enfant, il suivit une scolarité normale en Basse Normandie jusqu'au jour où il rencontra alors qu'il était élève de l'Abbaye Blanche de Mortain (Manche), un missionnaire, normand comme lui et ancien de la même institution, Père de la Congrégation du Saint-Esprit. La rencontre avec ce religieux, Monseigneur Alexandre Le Roy, qui deviendra plus tard supérieur général, l'amènera à entrer dans cet ordre missinnaire comme postulanten 1892.
Le Père Briault ne fit ni les Beaux-Arts ni aucune école d'art. Il suivit cependant des cours de peinture par correspondance. Il s'inscrivit à l'école ABC. Leprincipe de cet enseignement était que des professeurs de renommée corrigeaient par courrier des travaux d'art. C'est ainsi que le Père Briault rencontra Henri Pitra, peintre d'histoire et surtout peintre religieux, avec qui il noua de profondes relations d'amitié.
Rentré du Gabon, nommé secrétaire de Mgr Le Roy, le P. Briault n'a cessé de glaner à la façon d'un herboriste
des images des pays trazversés. Ses carnets sont datés de 1915 à 1948. Il n'hésita pas à mélanger les techniques. Ce procédé fut favorisé dès le XVIIIème siècle par les aquarelistes : le desin original est au crayon ou à l'encre, aquarellé, parfois rehaussé de gouache. Le Père Briault utilise aussi, à certaines périodes, un cerne ou trait au contour épais, soit autour des dessins, soit formant un cadre peint au tableau.
Le dessin est précis, les touches de couleurs délicates, parfois le dessin prévaut sur la couleur sans la dominer vraiment, parfois on ne voit plus que l'effet coloré en oubliant le dessin. Dans certains paysages, la finesse, la précisiondu trait semblent disparaître au profit de touches de couleurs plus larges et fortes, moins minutieuses. Mais bien que différentes, les oeuvres restent belles et harmonieuses.
SUR LE VIF !
C'est la rubrique des caricatures. On y trouve les scènes familiales ou domestiques, les attitudes des passants, la vie de la rue, celle des militaires, des religieux, mais aussi le paysage saisi rapidement lors d'un déplacement.

Doué naturellement pour le dessin, le Père Briault s'amusait donc à croquer les gens en les caricaturant. Dans son premier essai daté de 1893, alors âgé de 19 ans et jeune aspirant à la vie religieuse chez les Spiritains, il paraît assez facétieux. Souvent réprimandé par ses supérieurs, il aime rire et amuser ses amis avec certains portraits burlesques. Par la suite, hommes, femmes et enfants ne seront pas épargnés.
Nous avons évoqué précedeement l'école ABC. La théorie de base de ces cours était originale : les lettres dérivent du dessin, les écritures anciennes ressemblent à des images (idéogrammes chinois ou égyptiens, hiéroglyphes, et la logique voudrait que l'enseignement du dessin précédât celui de l'écriture. La plume du Père Briault, pour l'écriture ou le dessin, était très acérée. Il suffit de lire ses articles pour s'en convaincre. Ses lettres sont parsemées de descriptions truculentes ou cruelles, mais n'oublions pas qu'il fut religieux écrivant savamment sur ses grands confrères.
Le Père Briault fut journaliste avec ce que cette profession implique de rapidité et de précision. En cela, cette activité rejoint celle du caricaturiste prenant sur le vif les expressions de ses contemporains. Dans la précision qui le caratérise, il a l'audace de glisser des propos scintifiques dans la revue dont il est responsable. Il voulu les Annales, suivant ses propres expressions, précises, objectives, soucieuses d'exactitude et d'informationrigoureuse.
Il se chargeait en général du texte et de l'illustration . Journaliste, oui, mais également écrivain. Ainsi fut le Père Briault qui laissa des pages superbes sur l'Afrique et l'architecture ainsi que sur les grands personnages d'Eglise. Dans la nécrologie du Père Briault, le Père Laisné le résume ainsi :
Il était né conteur comme il était né peintre et
il savait mener un récit comme il savait composer une aquarelle.