GESTION GLOBALE DE L’EAU
L’eau qui coule à volonté de nos robinets est en train de devenir une denrée rare pour une part croissante de l’humanité, écrit Raphaële Bail dont nous suivons la réflexion en ces premières pages du dossier.
Etat d’urgence
Si des millions de personnes meurent chaque année de maladies liées au manque d’eau ou à sa mauvaise qualité, ce n’est pas dû seulement à une fatalité climatique, mais aussi à des politiques économiques et sociales qui renforcent les inégalités. Les habitants pauvres des pays du Sud se battent chaque jour pour s’approvisionner en eau saine, car leurs gouvernements n’ont pas voulu (ou n’ont pas pu) réaliser les investissements nécessaires à l’accès de tous à l’eau potable. Un exemple tout simple : comment expliquer que les petits paysans du Brésil n’aient pas suffisamment d’eau, alors que l’agriculture de la canne à sucre fonctionne à plein régime ?

Considérer l’eau comme un bien inépuisable, l’affecter massivement à la production agricole et industrielle, y jeter l’ensemble des déchets sont des pratiques non durables répandues au Nord comme au Sud, indissociables des modes de production choisies pour assurer une croissance économique éperdue. En première ligne nous trouvons les pays en développement qui rejettent sans les traiter 95 % des eaux usées domestiques et 75 % des eaux usées industrielles dans les eaux de surface. Mais les pays du Nord ne sont pas en reste : ainsi on peut être alerté sur le fait que de nombreux écosystèmes sont victimes de la prolifération d’algues qui asphyxient la vie aquatique, généralement à cause des fertilisants artificiels et des détergents ménagers. On touche à la vie !
L’état des lieux des ressources en eau de la planète est donc un état d’urgence. Si nous ne réformons pas la gestion de l’eau à l’échelle mondiale - les pénuries d’eau et la qualité de l’eau potable qui affectent déjà des milliards d’habitants - les choses s’aggraveront. La transformation de nos modes de vie est possible et des solutions existent pour garantir l’eau pour tous. Il faut une gestion courageuse.
Gestion collective
Nous sommes là dans un domaine important de la participation de tous pour garantir l’accès à l’eau saine et à un coût acceptable pour les pauvres. Nous avons essentiellement deux cas de figures : en ville et à la campagne.
C’est un enjeu que de pratiquer le principe d’une privatisation sociale qui combine l’équité, la rentabilité et l’efficacité technique. L’autorité publique réglemente le service de l’eau, éventuellement en privatisant sa gestion selon un cahier des charges exigeant. Les usagers s’organisent pour concevoir un type d’approvisionnement durable et à un prix compatible avec les moyens de la population. A nouveau un exemple : à l’entrée de certains quartiers pauvres d’ Argentine, la livraison d’eau en gros est assurée à prix modeste avant que les habitants s’auto-répartissent une eau de bonne qualité et à un prix qu’ils peuvent payer.

A la campagne, les gens ont besoin d’eau pour leur vie quotidienne, mais ils l’utilisent également pour produire. La maîtrise de cette ressource est aussi importante que l’accès à la terre pour garantir l’autonomie des petits paysans et de leurs familles. Les projets hydrauliques doivent être adaptés à la taille des communautés et l’accès à l’eau passe le plus souvent par la mise en place de microprojets. Ceux-ci impliquent une gestion collective : les systèmes d’irrigation et d’acheminement de l’eau, constructions à la fois techniques et sociales, reposent sur des règles fixées par les utilisateurs. Il s’agit des droits d’accès, des obligations d’entretien, de savoir-faire associé aux infrastructures que des ONG locales peuvent animer.
Gouvernance mondiale
L’ONU a reconnu le droit à l’eau et vient de tenir son 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, en mars dernier. La communauté internationale se mobilise lentement pour réduire le pillage et le saccage de l’eau.
Des voix s’élèvent pour souligner des convictions fortes à ce sujet. On se trouve, constate Laurence Tubiana, directrice de l’Institut du développement durable, face à une problématique globale dont les modes de gestion sont pourtant très localisés. La réflexion précédente l’a montré et les pages qui vont suivre en seront encore un bel exemple. Les partisans d’un contrat mondial de l’eau militent pour que l’eau devienne un bien vital commun mondial qui ne saurait faire l’objet d’aucune appropriation privée. Tout à l’opposé d’une reconnaissance de l’eau comme un bien économique, dit or bleu ! Pour Ricardo Petrella, une telle conviction permettrait d’établir une gouvernance mondiale de l’eau. Ce serait mettre l’eau à l’abri des dégradations et de la privatisation. Cette conception de l’eau comme un bien commun est exigeante : fin des gaspillages et conscience de l’urgence de l’accès des plus pauvres à ce bien précieux. Car si l’eau est le bien de tous, il est celui de chacun.
Texte préparé à partir d’une réflexion de
Raphaële Bail pour le CCFD
(Voir le n° 207 de Développement Magazine, p. 14-21)
Des chiffres
Légendes des photos :
Brésil : l'eau coule mais il est important de la préserver (photo PSM)
A la fontaine publique, concert de seaux (photo PSM)
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