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Mains des hommes

 

RECITS DE CREATION

Au début de la veillée de Pâques, nous lisons le premier récit de création selon Genèse 1. Nous sommes là invités à accueillir le don de création et notre place selon l’Alliance, c’est-à-dire don et réponse accueillante de l’amour de Dieu.

La radioastronomie nous fait connaître aujourd’hui des particules de matière éloignées de nous de millions d’années lumière. La terre n’occupe d’aucune façon, du point de vue de la science, une place privilégiée : ce n’est qu’un grain de poussière infime. L’homme serait le centre du monde ? Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer,  écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes..
Des siècles séparent l’auteur de ces lignes et ceux qui ont composé les premiers versets de la Bible : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Quoi de commun entre le célèbre pilote et les rédacteurs de la Genèse ? Des nuits percées d’étoiles comme seuls les déserts peuvent en offrir à la contemplation, avec cette interrogation : qu’est-ce que l’homme, face à ce cosmos, magnifique et terrible à la fois ?

 


Faisons l’homme A notre image, A notre ressemblance


Parmi toutes les créatures, l’homme seul est dit image de Dieu.  Ce qui est à l’image de Dieu, c’est l’homme et la femme, leur face à face, à la fois possible unité et irréductible altérité : à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Comme Dieu est Amour, l’homme est amour, capacité de relations, de communion interpersonnelle. C’est du surcroît d’amour entre les deux personnes divines que la création elle-même comme épouse a pu surgir : En cette immensité d’amour qui procédait de tous les deux, paroles de grande douceur, le Père proférait au Fils : qu’il en soit ainsi, dit le Père en ton Amour qui requiert et par ces mots qu’il avait dits, le monde avait été créé, comme demeure de l’épouse. (Romances de saint Jean de la Croix)

 

Expression de la vie (fête de l'Eglise à Valence)

Mais l’homme est surtout image de Dieu par son autorité sur l’univers, par son intelligence créatrice, à la ressemblance de Dieu. L’homme roi de l’univers, dieu de l’univers, lieutenant de Dieu, le tenant-lieu de Dieu. Le jour où le primate a pris un bâton pour atteindre sur l’arbre la banane qui lui serait restée sinon inaccessible, ce jour-là, un pas a été fait vers l’hominisation. Parce qu’il y avait dans le monde une main et non plus seulement des nageoires ou des pattes, et parce que, par l’avènement de la main dans le monde, il commençait d’y avoir des pieds pour se tenir debout et un visage tourné vers un semblable, un semblable reconnaissable comme tel, et auquel on pourrait s’adresser, auquel on pourrait parler, qu’on pourrait embrasser. (Joseph Doré, La grâce de croire)

Grandeur et fragilité à la fois pour l’homme créature de Dieu. Par son travail, il est responsable de la création. L’univers que Dieu a créé n’est pas un univers clé en mains ! C’est un monde en devenir, encore soumis aux lois où la vie et la mort s’entrecroisent. Si grand que soit ce monde créé, il garde dans sa peau l’infirmité qui caractérise tout ce qui n’est pas encore Dieu : l’épuisement énergétique, la mort qui frappe le vivant. Comme le dit le Père Martelet, théologien, il reste une immense matrice cosmique dans laquelle s’enfantent et tâtonnent l’humanité et la conscience ; la création se poursuit sous nos yeux, avec notre concours ; ce monde créé qui nous permet d’exister dans l’histoire reste un monde de finitude, soumis à la souffrance, à la mort,  au péché, en un mot, au mal. 

Offrande de la lumière fête de divali  (ile Maurice)


Dieu n’a pas voulu être un magicien qui achève son œuvre d’un seul coup. La création est en marche vers son accomplissement, comme chacun de nous est en devenir, un peu à la manière d’un enfant qui grandit devant ses parents. Cette réflexion de la tradition rabbinique sur l’apprentissage tardif de la sagesse : Les rabbins se penchent sur le sens de la vie humaine et enseignent : Pourquoi lorsqu’un enfant vient au monde ses poings sont-ils résolument fermés agitant l’air autour de lui, alors que lorsqu’un homme meurt ses mains s’ouvrent avec son dernier souffle? C’est pour nous enseigner que lorsque l’homme vient au monde il croit que tout peut lui appartenir ; il cherche à tout posséder et à tout conquérir comme le poing qui se referme sur l’objet du désir. Mais lorsqu’il vient à rendre l’âme un instant de sagesse lui fait percevoir qu’il ne possède finalement rien et qu’il quitte ce monde sans s’approprier les richesses et les biens qu’il a convoités, comme la main qui s’ouvre et qui ne possède plus rien.

Les techniques représentent un grand progrès et elles sont pour l’homme le moyen de ne plus être dominé par le monde, mais d’organiser, d’aménager le monde. Elles sont bonnes, car elles améliorent la vie humaine : admirables progrès des techniques biologiques, médicales, chirurgicales, pharmaceutiques. Elles favorisent la communication, l’information. Mais elles peuvent aussi être ambiguës : recherche de profit, volonté de puissance, appétit de jouissance. Avec tous les phénomènes qui en découlent : dépendance, écrasement, sous-développement, isolement, paupérisation. 

Un seul exemple récent le montre : la résistance de ces Indiens Mapuches (gens de la terre) cinq siècles après l’arrivée des Européens, au Chili. Ces Don Quichotte du bout du monde affrontent des entreprises forestières qui, depuis les années 1990, envahissent la région, s’installent sur des terres revendiquées par eux, ont mis la forêt en cage en faisant disparaître les essences locales et mettant à la place des pins et des eucalyptus qui en 6 ou 7 ans produisent du bois après avoir asséché sol et cours d’eau, déjà pollués par les usines papetières !

Tu peux manger des fruits de tous les arbres, mais pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’homme reçoit l’ordre de dominer la terre : il ne lui est pas reconnu le droit de la piller, de la polluer, de l’enlaidir, de la détruire ; maître de la nature, certes, mais tenu de la protéger comme lui-même se protège.

En résumé


Les récits de création nous donnent l’origine de notre histoire, à nous les croyants : Dieu créateur, dans son Amour, nous fait partager sa création et la remet entre nos mains. Quel en sera le terme ? Entre l’Alpha et l’Oméga, il y a dans le Christ Jésus (nouvel Adam) l’image incarnée et vivante de l’amour que Dieu nous porte. Jésus semble nous dire : Vivez comme si le commencement vous était rendu, comme si vous étiez restitués dans l’image où vous avez été créés.

Maurice Pritzy                   
Communauté apostolique, 140 rue du Couvent
1450 GENTINNES (Belgique)      
 


Rite et mythe chez les Dogons   

 
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