Maison et sanctuaire saint Joseph
Maison et sanctuaire saint Joseph
François Marie-Paul LIBERMANN
Juif alsacien, né à Saverne en 1802, Jacob Libermann passe les premières années de sa vie dans un milieu culturellement juif, séparé des sphères françaises et allemandes. Son père, rabbin, l’envoie à Metz en 1822 afin de le préparer à lui succéder. Quittant le cercle très fermé de son enfance, Jacob subit le choc de la modernité et tombe dans un doute rationaliste. Dans le même temps, deux de ses frères passent au catholicisme. Paul Drach, un célèbre rabbin devenu catholique lui explique les raisons qui l’ont poussé à devenir chrétien. Jacob se rend à Paris. Drach lui trouve un logement au collège Stanislas. C’est là que Libermann va être « retourné » - converti -, le 13 novembre 1826. Catéchisé par Drach, il est baptisé la veille de Noël 1826, sous le nom de François, Marie, Paul. Très vite, il veut devenir prêtre ; Drach le fait entrer en 1827, au séminaire de Saint-Sulpice dont le modèle le marquera à vie : importance de l’oraison, devoir de sainteté du prêtre...

Mais, les épreuves se succèdent. Renié par son père, Libermann est victime en 1829, d’une crise d’épilepsie : il ne peut plus devenir prêtre. Voyant en lui un modèle spirituel, les Sulpiciens l’envoient au séminaire d’Issy-les-Moulineaux comme économe adjoint. Son influence y est considérable en tant que directeur spirituel de nombreux séminaristes. Ses crises se raréfiant, ils le recommandent en 1837, aux Eudistes de Rennes comme candidat et maître des novices. Il va vivre alors deux années d’épreuves intérieures avec un sentiment d’inutilité. En 1839, il est sollicité par deux séminaristes créoles, Le Vavasseur et Tisserant, préoccupés par l’abandon des nègres, esclaves ou affranchis, à Haïti et à Bourbon. Ils envisagent une association de prêtres menant une vie sainte en communauté, pour l’évangélisation des Noirs. Libermann les aide à affiner leur plan sans pour autant se sentir concerné : devenir prêtre lui semble toujours impossible. Mais, en octobre 1839, Libermann écrit qu’il a eu « quelque petite lumière » le poussant à se joindre à eux. Il sait comment former des prêtres et en cela, il peut être utile à l’Oeuvre des Noirs..

Au nom de celle-ci, il se rend à Rome y soumettre le projet qui est approuvé en juin 1840 ; une seule condition : qu’il devienne prêtre ! Au retour d’un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, il apprend que l’évêque de Strasbourg l’accueille dans son diocèse : il est ordonné sous-diacre et diacre à Strasbourg. L’ordination sacerdotale a lieu en 1841, à Amiens où une maison a été proposée pour accueillir les novices des missionnaires du Saint-Cœur de Marie dont il est élu supérieur. La règle de vie de la nouvelle société est une règle de vie de prêtres (les frères viendront plus tard) vivant l’esprit des vœux religieux, en communauté, dans le souci des plus abandonnés dans l’Eglise : les nègres. La mission est conçue comme l’annonce du salut, en tentant de vivre ce que l’on veut transmettre. L’exercice pratique sur le terrain ne tarde pas. Le Bienheureux Laval part pour Maurice, Le Vavasseur pour Bourbon, Tisserant pour Haïti. La première mission sur les côtes d’Afrique, dès 1843, est une tragédie, seuls le P. Bessieux et le Fr. Grégoire survivent et arrivent au Gabon .

Un des buts fixés par Libermann à sa congrégation, est la formation d’un clergé indigène accueilli en communautés. Il est marqué par la pensée de Jean Luquet, des Missions Etrangères de Paris : la naissance d’une Eglise suppose un clergé indigène et des évêques. Luquet rédige, à la demande de la Propagande, un véritable traité de missiologie fondé sur les Instructions données en 1659 aux premiers vicaires apostoliques du Tonkin et de la Cochinchine. En 1845, Rome en tire une Instruction pour les missions du monde entier : Neminem Profecto, le plus grand document missionnaire du XIXè siècle par la solidité de son ecclésiologie et la fermeté de ses consignes au sujet de l'épiscopat et du clergé indigène. Libermann s’inspire de tout cela et rédige en 1846, son Mémoire sur les missions des Noirs, premier plan d’ensemble pour évangéliser l’Afrique noire. Contre les clichés racistes de son temps, il souligne l’image divine qu’il a de l’homme noir créé à l’image de Dieu et sauvé par Jésus-Christ, et demande pour l’Afrique des Eglises locales de plein droit. En 1847, il écrit aux missionnaires : « Faites-vous nègres avec les nègres ». Pour lui, nègre renvoie à esclave. Le missionnaire doit épouser le mouvement du Verbe se vidant de lui-même pour se faire serviteur jusqu’à la mort sur la croix (Ph.2,5-11). Plus le héraut de l’Evangile imite le Christ, plus advient le salut du monde ; il ne convertit pas, il est appelé à devenir le serviteur de ceux qu’il évangélise.

En 1848, pour le bien de la mission et en accord avec Rome, Libermann dissout sa congrégation et la fait entrer dans la Congrégation du Saint-Esprit fondée au XVIIIè siècle. Il en est élu supérieur général. Il réintègre les éléments de sa propre règle dans celle de la congrégation du Saint-Esprit placée sous la protection du Saint-Cœur de Marie. Il est considéré comme le second fondateur des Spiritains, après le Breton Claude Poullart des Places (1689-1709).

Le juif de Saverne a vécu dans son corps et son âme l’histoire de son peuple : en lui, fils d’Israël ayant revêtu le Christ, le Dieu de l’Alliance se révèle Lumière des Nations. Si Libermann reste un maître, c’est qu’il fut d’abord un disciple et un témoin passionné. Il n’a jamais réduit la mission à une stratégie de conquête, elle fut d’abord pour lui une mystique. Plusieurs intuitions missionnaires développées par Vatican II sont déjà, d’une certaine façon, présentes chez Libermann qui meurt dès 1852 : en dix ans, il a posé des fondements solides jusqu’à nos jours. Sur les plus de 3 000 spiritains abordant le troisième millénaire, presque un tiers déjà sont des disciples africains de Libermann et de Poullart de Places, quittant leur propre pays pour aller au plus près des plus loin et des plus pauvres.
FRANCOIS LIBERMANN
ET LA REPRISE DE LA MISSION

SUR LA COTE DE L’AFRIQUE

15 AOUT 1846

A la mi-août 1846, un prêtre discret et ne payant pas de mine, quitte l’hôtel pour pèlerins, tenu à Rome par un Français, M. Bouisse, 39, place de l’Ara Coeli, et prend à pied la direction de la Place d’Espagne où se tient le palazzo de la Sacrée Congrégation chargée des missions dans le monde entier. C’est là qu’il dépose le manuscrit de ce qui est, dans l’histoire contemporaine des missions catholiques, le premier plan d’ensemble pour l’évangélisation de l’Afrique noire. Une lettre, datée du 15 août 1846, introduit un texte intitulé : Mémoire sur les missions des Noirs en général et sur celle de la Guinée en particulier, présenté à la Sacrée Congrégation de la Propagande par l’abbé Libermann, le supérieur des missionnaires du St Cœur de Marie…

De la naissance juive au baptême en Christ

Etrange et séduisante figure, en vérité, que celle de François Libermann (1802-1852) ! Parmi les grands fondateurs de congrégations, il a un parcours atypique, en raison même de son origine et de son histoire. Juif alsacien, Jacob Libermann passe les vingt premières années de sa vie (1802-1822) dans un milieu culturellement juif, séparé des sphères françaises et allemandes : il ne parle ni le français, ni l’allemand, mais le judéo-allemand. Son père, rabbi, entendant faire de son plus jeune fils son successeur, lui fait étudier le Talmud des années durant. Puis, il l’envoie à Metz en 1822 afin de parfaire sa formation de futur rabbin.

Quittant le cercle très fermé de son enfance, Jacob découvre alors la langue française, apprend le latin et le grec. Il lit Rousseau. C’est le choc de la modernité. Peu à peu, il ne se reconnaît plus dans la foi de ses pères et tombe dans une espèce de doute rationaliste. Dans le même temps, son frère Samson et un autre de ses frères passent au catholicisme. Ce fut pour lui un très grand choc, au début de 1826, alors qu’il en est lui-même réduit à un simple déisme philosophique. Il se met cependant à correspondre avec Drach, très célèbre rabbin devenu lui aussi catholique. Cet intellectuel de haute volée tente de lui montrer les raisons qui l’ont poussé à devenir chrétien, ce qu’il appelle « l’harmonie entre l’Eglise et la Synagogue ».

Une chose est certaine, dans cet état, Jacob ne pense plus à devenir rabbin. Il se rend à Paris. Drach lui trouve un logement au collège Stanislas. C’est dans cette solitude que Libermann va être « retourné » - converti -, le lundi 13 novembre 1826. Dans un moment d’angoisse, il tombe à genoux et prie le Dieu de ses pères. Il ne passe donc pas directement d’un athéisme philosophique à la foi chrétienne. Il retrouve d’abord la foi de son peuple. Il est alors gratifié d’une « illumination » : il s’agit bien d’une grâce, d’un don. Toutes ses objections tombent en un instant.

Catéchisé par Paul Drach, il est baptisé la veille de Noël 1826, sous le nom de ses parrains : François, Marie, Paul. Très vite, il manifeste le désir de devenir prêtre et Drach le fait rentrer au séminaire de Saint-Sulpice. On peut comparer la période qui commence alors pour lui à l’Exode vécu au désert par le peuple d’Israël : rien de définitif ne va se profiler à l’horizon de sa marche difficile jusqu’en 1839.

Sous le signe de l’Exode

En 1827, il devient donc un séminariste ordinaire. Libermann n’a pas eut une initiation chrétienne dans un milieu « normal ». Il est passé sans transition de son milieu juif au milieu particulier d’un séminariste sulpicien. Il n’a pas eu d’expérience paroissiale ordinaire. Du coup, le modèle sacerdotal sulpicien va beaucoup le marquer. Ce dernier insiste sur la primauté de la prière dans la vie du prêtre. Dans la ligne de Monsieur Olier, le fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, le principe unificateur de la vie de Libermann sera effectivement l’oraison conçue comme une relation vivante au Christ. Pour l’école sulpicienne, la sainteté est le premier devoir du prêtre. Par la suite, une fois fondateur et confronté au travail en Afrique, il se dégagera de la matérialité de ce modèle, tout en gardant l’intuition centrale : un missionnaire qui n’est pas saint et homme de prière compromet l’annonce du salut.

Dès son entrée au séminaire, les épreuves se succèdent pour Libermann… Quand son père apprend sa conversion, il renie son fils préféré. La veille de son sous-diaconat, le 13 mars 1829, il est victime d’une crise d’épilepsie : il n’est plus question qu’il devienne prêtre. Le considérant cependant comme un modèle sur le plan spirituel, les Sulpiciens acceptent de le garder. Ils l’envoient au séminaire d’Issy-les-Moulineaux comme adjoint de l’économe. Alors qu’il n’est que simple acolyte et que probablement, il ne deviendra pas prêtre, son influence est considérable. Il est quasiment directeur spirituel de très nombreux séminaristes, avec l’accord de la direction du séminaire. On apprécie son discernement. Après sa mort, sa correspondance publiée en fera un des grands auteurs spirituels du XIXè siècle. Dans le cadre du séminaire de Saint-Sulpice, il va ainsi connaître un nombre important de futurs prêtres (et de futurs évêques) de toutes origines. Ce long temps d’ « exode » lui permet de tisser un formidable réseau de relations à partir duquel se constituera plus tard sa société missionnaire.

Même si les crises se raréfient, les Sulpiciens considèrent sa santé comme encore trop fragile pour lui rouvrir la voie du sacerdoce dans leur société. Ils le recommandent toutefois aux Eudistes comme candidat et… maître des novices pour leur maison de Rennes ! Là, de 1837 à1839, il vit deux années de terribles épreuves intérieures. Il a le sentiment d’être inutile, de ne pas être à sa place…

L’ « Œuvre des Noirs »

Début 1839, il est sollicité par deux séminaristes de Saint-Sulpice, d’origine créole, Le Vavasseur et Tisserant, qui l’avaient connu à Issy. Ceux-ci ont pris conscience que, dans leurs Eglises d’origine de l’île Bourbon et d’Haïti, personne ne se préoccupe des vrais pauvres, les nègres, esclaves ou esclaves affranchis. En février 183, ils avaient lancé une grande campagne de prière à Notre-Dame des Victoires pour l’Œuvre des Noirs. Selon eux, pour que les Noirs ne soient plus laissés pour compte dans les colonies, c’est une réforme du clergé qu’il faut. Ils envisagent donc de fonder une association de prêtres bien formés, menant une vie sainte et vivant en communauté, dont la mission serait d’évangéliser les Noirs.

Le Vavasseur soumet donc ce projet à Libermann. Ce dernier l’éclaire, l’aide à affiner son plan. A ce moment-là, Libermann ne se sent pas personnellement concerné : devenir prêtre lui semble toujours impossible et sa santé lui interdit de partir au loin. Quelques temps après, Le Vavasseur lui soumet un projet mieux élaboré. Et voici qu’en octobre 1839, Libermann écrit à ce dernier qu’il a eu « quelque petite lumière » le poussant à se joindre à eux. En fait, il a compris qu’il pouvait aider à lancer ce projet. Peut-être ne sera-t-il jamais prêtre, mais il sait comment former des prêtres…

A Rome, sous le signe de la pauvreté et de la foi

Au nom des candidats à l’Œuvre des Noirs, Libermann se rend à Rome pour y soumettre leur projet. Ce dernier est approuvé dans des délais très brefs, en juin 1840, contrairement à beaucoup d’autres présentés à la même époque et pourtant appuyés par des personnages influents. Libermann a eu l’intelligence de ne pas présenter un projet d’institut religieux mais un projet missionnaire, soumis directement à la Propagande. Cette dernière ne pose qu’une condition : qu’il devienne prêtre ! Dans l’obéissance, il entreprend des démarches dans ce sens. A son retour d’un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, deux lettres l’attendent. Elles lui ouvrent la voie du sacerdoce : l’une de l’archevêque de Paris qui accepte qu’il devienne prêtre dans un autre diocèse, et l’autre de l’évêque de Strasbourg lui annonçant qu’il l’accueille dans le sien. Il part donc pour Strasbourg, est ordonné sous-diacre et diacre. On propose alors à l’Œuvre naissante une maison située près d’Amiens. C’est là que Libermann est ordonné prêtre en 1841, à trente-neuf ans, et que sont accueillis les premiers novices de la société des missionnaires du Saint-Cœur de Marie dont il est élu supérieur.

La mission par contagion

Quels sont les grands axes tracés par la règle de vie de la nouvelle société missionnaire ? C’est une règle de vie de prêtres (les frères viendront un peu plus tard) choisissant à l’imitation des apôtres, une vie en communauté pour s’encourager mutuellement, et vivant selon l’esprit des vœux religieux. Ils décident de se mettre au service des personnes alors les plus abandonnées dans l’Eglise : les nègres. La règle détermine un style de vie : simplicité, refus d’accepter des charges pour aller au plus près des plus pauvres… La mission n’y est pas conçue comme une campagne de propagande mais comme l’annonce d’un salut : c’est une mission par contagion. On tente de vivre ce que l’on veut transmettre.

Et l’on passa immédiatement à l’exercice pratique sur le terrain. Il n’est pas question de rappeler ici lez déroulement des faits : la mission à l’île Bourbon, avec Le Vavasseur ; à l’île Maurice, avec le Bienheureux Père Jacques Laval ; en Haïti, avec Tisserant. La mission sur les côtes d’Afrique, dès 1843, s’avère dramatique, avec deux seuls survivants pour la première expédition : le P. Bessieux et le Frère Grégoire, finalement arrivés au Gabon

Un des buts essentiels fixés par Libermann à sa congrégation, est la formation d’un clergé indigène et l’accueil de ces prêtres dans les communautés de l’institut pour les soutenir spirituellement. Une fois formés, ces prêtres pourront évangéliser eux-mêmes leur pays. Les difficultés pratiques rencontrées lors des premières missions le long de la côte d’Afrique (Libreville, Dakar) confortent Libermann dans cette certitude.

Le plus important document missionnaire romain du XIXè siècle

Libermann est, par ailleurs, subjugué par la pensée de son disciple et ami, Jean Luquet (1810-1858), des Missions Etrangères de Paris, qui, en étudiant les textes fondateurs de sa société, a remis en lumière une vérité essentielle : la naissance d’une Eglise suppose non seulement la formation d’un clergé indigène mais aussi la nomination d’évêques : c’est l’évêque, successeur des Apôtres qui fait l’Eglise en un lieu.

Alors qu’il vient de rentrer des Indes et à propos du synode de Pondichéry auquel il a participé, Luquet a rédigé, à la demande de la Propagande, un rapport qui est un véritable traité de missiologie, fondé sur les célèbres (et pourtant oublié à Rome même) Instructions données en 1659 aux premiers vicaires apostoliques en partance pour les royaumes chinois du Tonkin et de la Cochinchine. En 1845, Rome tire de la réflexion de Luquet une nouvelle Instruction adressée à tous les chefs de mission dans le monde entier : Neminem Profecto, le plus grand document missionnaire du XIXè siècle par la solidité de son ecclésiologie et la fermeté de ses consignes sur l'épiscopat et le clergé indigène.

Le premier plan d’ensemble pour la mission en Afrique noire

C’est de son ami Luquet et de Neminem Profecto que Libermann s’inspire pour la rédaction de son grand Mémoire sur les missions des Noirs, écrit à Rome et déposé à la Congrégation de Propaganda Fide, le 15 août 1846. C’est, répétons- le, dans l’histoire contemporaine des missions, le premier plan d’ensemble pour l’évangélisation de l’Afrique noire. Contre les clichés racistes des penseurs de son temps, Libermann entend montrer aux cardinaux de Rome que l’Afrique a toutes ses chances : « Nous avons le bonheur de pouvoir affirmer à vos Eminences que les Noirs en général dans tous les pays où nos missionnaires les ont vus, sont d’un naturel bon, doux, sensible et reconnaissant… Les Noirs ne sont pas moins intelligents que les autres peuples… » Notez bien l’expression « Nous avons le bonheur » ! Toute l’attitude de Libermann y est contenue, tout on regard sur l’autre : c’est une image divine qu’il a de l’homme noir créé à l’image de Dieu et sauvé par Jésus-Christ. C’est le regard même du Dieu de Jésus amoureux de l’homme. Il développe ensuite longuement un plan d’évangélisation dans lequel il demande pour l’Afrique des Eglises locales de plein droit, fixées « sur le sol ».

« Faites-vous nègres avec les nègres »

L’année suivante, le 19 novembre 1847, dans une lettre à la communauté de Dakar et du Gabon, jaillit sous sa plume une des plus célèbres consignes missionnaires de l’époque contemporaine : « Faites-vous nègres avec les nègres ». Le héraut de l’Evangile est appelé à devenir le serviteur de ceux qu’il évangélise. C’est la kénose évoquée par saint Paul (Philippiens 2,5-11) : ce mot grec désigne le mouvement du Verbe qui se vide de lui-même pour se faire serviteur jusqu’à la mort, et la mort sur la croix.

Le mot serviteur utilisé par saint Paul (en grec, doulos) désigne à la fois le serviteur et l’esclave. Quand Libermann emploie ce mot, il pense à ce double sens. Pour lui, le mot nègre renvoie à esclave. Faites-vous nègres avec les nègres, cela signifie littéralement : Faites-vous esclaves avec les esclaves, comme le Christ s’est identifié aux plus pauvres. Il n’y a pas de mission si on épouse pas le mouvement même du Christ. Le missionnaire est invité à se mettre à genoux devant ceux qu’il est appelé à servir et à évangéliser. Plus nous imitons le Christ dans le mystère de son incarnation et de sa mort sur la croix, plus advient le salut du monde. Le missionnaire ne convertit pas, il n’a même pas à se soucier des résultats : il a à être au milieu des hommes comme le Christ. C’est le cœur de sa pensée. Libermann n’invente rien : il revient au centre.

De l’Exode d’Israël à la Pentecôte des nations

En 1848, pour le bien de la mission et en accord avec Rome, Libermann dissout sa propre congrégation et rentre, avec prêtres et séminaristes, dans la société missionnaire du Saint-Esprit fondée au XVIIIè siècle. Il en est élu supérieur général. Il réintègre les éléments de sa propre règle dans la congrégation du Saint-Esprit placée sous la protection du Saint-Cœur de Marie. Il est considéré comme le deuxième fondateur des Spiritains, après le breton Claude-François Poullart des Places (1689-1709).

Le petit juif de Saverne a revécu dans son corps et dans son âme toute l’histoire de son peuple : en lui, fis d’Israël ayant revêtu le Christ, le Dieu de l’Alliance se révèle Lumière des Nations. Et si Libermann reste un maître, c’est qu’il fut d’abord un disciple et un témoin passionné. Il n’a amais réduit l’aventure missionnaire à une stratégie de conquête, sa politique missionnaire fut d’abord une mystique.

Un certain nombre d’intuitions missionnaires pleinement développées par Vatican II sont déjà, d’une certaine façon, présentes chez Libermann qui meurt dès 1852 : en dix ans, il a posé des fondements solides jusqu’à nos jours. Sur les plus de 3 000 spiritains qui abordent e troisième millénaire, presque un tiers déjà sont des disciples africains de Libermann et de Poullart de Places, quittant leur propre pays pour aller au plus près des plus loin et des plus pauvres…

Paul Coulon

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