Maison et sanctuaire saint Joseph Allex
Maison et sanctuaire saint Joseph Allex

Homélie de la messe du 2ème dimanche de Pâques: dimanche de la Miséricorde.
 

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur
Tous les textes de cette messe résonnent de la joyeuse proclamation de foi exprimée par Thomas aussi bien que celle de l’apôtre Paul et de toute l’Eglise naissante. Thomas avait dit en reconnaissant Jésus ressuscité : « mon Seigneur et mon Dieu  » ; Pierre rend grâce en s’exclamant :  Béni soit Dieu : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance qui ne connaîtra ni corruption ni souillure, ni flétrissure car la résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre ; et les actes des Apôtres nous transmettent le rayonnement irrésistible de la jeune communauté dont la vie est pleinement le témoignage de leur foi et de leur joie.
Il est loin maintenant ce moment où la peur confinait les disciples dans le cénacle, dans leur découragement ou leurs doutes : Jésus est venu franchir non seulement la porte derrière laquelle ils se tenaient confinés, mais aussi celle où leur foi d’hier semblait emmurée, comme derrière la pierre du tombeau ; c’est du « centre », du cœur de ce qu’ils sont, que se fait l’ouverture ; et c’est de ce centre que Jésus va les pousser ensuite vers l’extérieur, et nous avec eux ! Ne sommes-nous pas comme les disciples, prêts à sortir de nos confinements pour nous laisser rejoindre par Celui qui est la Vie ?

La Paix soit avec vous
  La parole de Jésus inaugurant les temps nouveaux est décisive :  La Paix soit avec vous  ! Nous voyons bien que pour les disciples, comme pour nous, la paix, la foi et finalement la respiration de la Vie arrivent dès que le Christ se fait présent à tous et à chacun, dans la découverte de la réalité et du sens des plaies de la Croix. A travers sa propre expérience de crucifié, le Seigneur nous met en face de nos propres questions sur la vie et sur la mort (elles ont surgi souvent en nous en ces temps d’épreuve): c’est là que vient nous rejoindre sa miséricorde : Il est venu se mettre à notre place pour partager nos souffrances, pour nous libérer même de la détresse ultime de la mort.

Une parole pour chacun 
Jésus s’est manifesté à chacun selon ce qu’il était : Il s’est laissé voir différemment à Jean dans le tombeau vide et à Marie Madeleine dans le jardin. Il s’est montré aux disciples rassemblés et à Thomas dans l’épreuve de ses doutes. Dans un premier temps, tous les témoins de la Résurrection, ont semblé ne rien comprendre des premières paroles de Jésus annonçant le bouleversement de leur vie : La paix soit avec vous . Thomas est, en réalité, le premier à avoir tiré toutes les conséquences de cette petite phrase. C'est lui en effet qui, s'inclinant devant Jésus, a osé faire cette profession de foi : Mon Seigneur et mon Dieu ! L’Esprit Saint a donné à Thomas de « voir » encore mieux que ses frères, dans l’eau et le sang jaillis hier du côté de Jésus, dans ses plaies et son côté ouvert… toute la miséricorde que le Christ répandrait désormais sur lui et sur toute l’humanité. Ses yeux se sont ouverts, et il a compris que se réalisait en Jésus la parole du prophète Isaïe :  Lui, il a été transpercé par nos crimes, dans ses blessures nous trouvons la guérison . (Is 53,5).

Eucharistie
Cette expérience des disciples, nous sommes invités à la faire à chaque fois que nous participons à l’Eucharistie. Même s’il ne nous est pas possible de nous rassembler à l’église, nous pouvons toucher du doigt le Christ dans la miséricorde qu’Il nous manifeste alors.  Celui qui croit au Christ le touche  disait saint Augustin. Le Christ nous dit encore aujourd’hui : La paix soit avec vous, et il nous rappelle cette autre parole que les disciples ont vécue dans le cénacle : à chaque fois que deux ou trois sont réunis en mon nom je suis au milieu de vous . (Et nous sommes en communion avec tant d’autres aujourd’hui par la prière et l’affection !) Ensuite, « nourris » de ces paroles et du Corps de Christ ressuscité, nous pourrons faire nôtres pour les dire au monde les paroles du Christ qui nous sont désormais confiées : la paix soit avec vous  : l’Eglise, aujourd’hui comme hier, redit ces paroles à notre monde tourmenté. Depuis le premier jour de la Résurrection nous sommes vraiment entrés avec le Christ, par lui et en lui dans le temps de la miséricorde.

Propulsés à l’extérieur
Ainsi le Christ Jésus fait éclater tous les espaces clos dans lesquels les hommes s’enferment ou doivent s’enfermer. Laissons-nous envoyer vers nos frères, par la prière déjà et par nos propres pas dès qu’il sera possible pour poser les gestes concrets qui consolent au nom du Sauveur : j’étais nu et vous m’avez habillé ; j’étais en prison et vous m’avez visité, j’étais étranger et vous m’avez accueilli. Oui, le Seigneur va nous pousser à l’extérieur, comme une mère pousse son enfant à sortir pour entrer dans la vie. Avec l’Eglise nous sommes heureux d’être envoyés, au-delà de nos fausses certitudes comme de nos peurs ; envoyés au service de la Vie, porteurs de cette paix qui est le cadeau de Dieu et de son Eglise à l’humanité.

Orientation.
Jésus confie à ses disciples cette mission étonnante : « Recevez l’Eprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ». Le pardon et la consolation que nous avons à transmettre n’est pas une sorte de calmant superficiel ; c’est une paix qui vient de Dieu lui-même et, comme le dira St Paul, elle dépasse tout ce que notre sensibilité ou nos attentes auraient pu imaginer. Puisse cette allégresse, nous envahir dès maintenant et bientôt, à chaque fois que le prêtre, à nouveau rassemblés pour l’eucharistie, nous répètera les paroles du Christ : « la paix soit avec vous ».